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Manger ses émotions tel que dépeint dans les médias

Je regarde un film, un de ces soirs, et voici la scène :

Une jeune femme vient de se faire laisser et est dévastée. Elle retourne chez elle, enfile un pyjama douillet, ouvre le congélateur, attrape le pot de crème glacée, puis en mange en pleurant l’état de sa vie amoureuse.

Reconnaissez-vous ce grand cliché cinématographique? Eh oui! Cette femme mange ses émotions.

Si cette scène a été répliquée à tellement de reprises, ce n’est pas un hasard. Que ce soit pour se consoler d’une rupture, se distraire de la solitude ou se remettre du stress de la journée, manger ses émotions est plutôt universel pour qui a accès à la nourriture.

Mais tous les mangeurs émotifs ne sont pas considérés égaux! Avez-vous remarqué que la perception que l’on a de manger ses émotions peut varier en fonction des apparences? Plusieurs de mes client(e)s m’expriment vivre de la culpabilité de manger sans faim, mais que cela ne serait pas le cas s’ils et elles vivaient dans un corps plus mince! Comme si c’était un acte répréhensible seulement si on ne correspond pas aux normes de minceur. Quel double standard…

Est-ce étonnant quand on prend en considération les messages dans les médias?

Au grand écran, les personnes minces qui mangent leurs émotions seront souvent présentées de façon plus favorable. On éprouvera peut-être de la compassion envers elles, par opposition à du jugement envers les personnes rondes qui font la même chose.

Ces préjugés se transfèrent à la réalité, et il devient dangereusement facile de juger les gens qui mangent des aliments « réconfort » selon leur tour de taille. Pourtant, nous avons tous autant le droit de manger, peu importe la raison.

Mangez-vous réellement vos émotions?

Se sentant hors de contrôle devant certains aliments riches en sucre ou en gras, plusieurs sont persuadé(e)s de manger leurs émotions. Quelques raisons peuvent amener une rage alimentaire et il est parfois facile de les confondre. J’identifie les trois principales :

Les émotions (de toute évidence)

Certain(e)s mangeront pour le réconfort et l’apaisement durant un moment de tristesse, mais auront l’appétit coupé en période de grand stress. D’autres s’offriront un « trip de bouffe » pour se récompenser, par exemple après de longues heures d’étude pour un examen.

La restriction cognitive

Si je vous dis de ne pas penser à un ours polaire, quelle est la première image qui vous vient en tête? Un ours polaire, peut-être? On peut essayer d’ignorer nos aliments favoris, mais souvent plus on essaie, plus cela nous obsède et on finit généralement par en manger encore plus.

La faim physiologique

Nous avons besoin de nourriture pour survivre. Le corps met donc en place des stratégies pour manger et atteindre nos besoins, contre notre gré s’il le faut! La faim est LA cause la plus fréquente que l’on confond avec manger ses émotions, surtout pour ceux qui n’ont jamais appris à faire confiance à leurs signaux de faim et ne connaissent que les régimes, la culpabilité et la restriction. On en vient à normaliser la privation et à démoniser la « perte de contrôle » alors que c’est parfois la manière qu’emploie notre corps pour nous communiquer son besoin de carburant.

Au final, même si vous arrivez à identifier que vous mangez vos émotions, est-ce si mal de le faire? 

Le rôle de manger ses émotions

Quand on mange des aliments riches en gras ou en sucre, un effet intéressant peut s’observer dans notre corps : une diminution du niveau de cortisol, l’hormone du stress. Donc, c’est un moyen naturel de trouver de l’apaisement.

Vous pensez toujours que cela est une mauvaise chose? Penseriez-vous de même pour d’autres activités qui vous aident à réduire votre anxiété comme la peinture, la musique, le plein air ou l’activité physique? Pourquoi alors manger serait moins vertueux que de faire une séance de yoga pour gérer un stress momentané?

Tout est une question d’équilibre et de contexte. Si on mange nos émotions de façon sporadique, mais que nous avons également d’autres façons de gérer et vivre ces émotions, ce n’est pas un problème. Par contre, si notre seul moyen de vivre de la joie ou de se réconforter est de manger, cela peut devenir une façon d’éviter nos émotions. Cette forme d’évitement peut aussi s’appliquer à d’autres disciplines souvent considérées plus vertueuses. Par exemple, l’activité physique peut réduire notre stress, mais également devenir excessive, obsessive et affecter négativement notre santé physique et mentale.

Cela dit, si vous avez l’impression que vous perdez constamment le contrôle de l’alimentation et que la nourriture domine votre vie, n’hésitez-pas à nous consulter. On vous aidera à retrouver la paix avec la nourriture.

Danya Beauregard, Nutritionniste, Dt.P., RD